RÉCITPalestiniens: en gelant les fonds, Trump joue avec le feu

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La politique étrangère de Donald Trump, en un mot ? Imprévisible. Le président des États-Unis a annoncé que son pays reconnaît Jérusalem comme capitale officielle d’Israël. Un choix qui pourrait déclencher un grand bouleversement dans tout le Moyen-Orient. Mais en matière de surprises géopolitiques, Trump n’en est pas à son coup d’essai : avec l’Iran, la Corée du Nord ou encore le Mexique, il a déjà sérieusement ébranlé les relations diplomatiques. Retour sur ses derniers hauts faits. 

 

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Palestiniens: en gelant les fonds, Trump joue avec le feu

Récit.

La décision de Washington de geler plus de la moitié de ses versements à l'UNRWA, l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, inquiète les travailleurs humanitaires, qui y voit une décision politique lourde de conséquences. L'article de Guillaume Gendron, notre correspondant à Tel-Aviv (photo AFP).

Des réfugiés palestiniens attendent dans un centre médical géré par l'UNRWA dans le camp de Bourj al-Barajneh, à Beyrouth, le 17 janvier 2018. Photo Joseph Eid. AFP

La décision de Washington de geler plus de la moitié de ses versements à l'UNRWA, l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, inquiète les travailleurs humanitaires, qui y voient une décision politique lourde de conséquences.

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  •   Palestiniens: en gelant les fonds, Trump joue avec le feu

Les menaces de Donald Trump ont été mises en œuvre. Mardi, le département d’Etat américain a «gelé» plus de la moitié de la première tranche de sa contribution à l’UNRWA, l’agence de l’ONU chargé des réfugiés palestiniens. Soit 65 millions de dollars (53 millions d’euros) sur les 125 millions prévus. Furieux de voir le président palestinien, Mahmoud Abbas, suspendre les contacts avec les émissaires de son «deal ultime» après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne, le président américain avait tweeté début janvier: «Les Palestiniens n’ont plus l’intention de parler de la paix, alors pourquoi devrions nous leur verser tous ces paiements massifs à venir?»

En 2017, Washington, premier donateur de l’agence, avait versé le tiers du budget – environ 350 millions de dollars – de l’UNRWA, qui revendique aujourd’hui 5 millions de bénéficiaires. Cette année, 45 millions destinés à l’aide alimentaire d’urgence dans les Territoires occupés ne seront pas non plus versés. Les Etats-Unis s’étaient eux-mêmes engagés à débloquer ces fonds quelques jours avant la décision sur Jérusalem. Il s’agissait «d’une promesse, pas d’une garantie», a justifié le porte-parole de la diplomatie américaine. «Le chantage à l’humanitaire n’est pas une nouveauté, mais dans la diplomatie moderne, jamais personne n’avait osé le faire aussi ouvertement», note une responsable humanitaire basée en Cisjordanie. 

Coup de sabre

Chris Gunness, le porte-parole de l’UNRWA, a parlé de «la plus grave crise financière de l’histoire de l’agence». Le coup de sabre affecte le «cœur» du budget de l’agence, dédié à l’enseignement et aux soins dans les camps de réfugiés du Liban, de Syrie et de Jordanie, ainsi que dans les Territoires occupés et la bande de Gaza, où 70% de la population bénéficie de ses services.

En Jordanie, l’agence s’est déjà séparée d’une centaine de travailleurs journaliers employés dans ses camps de réfugiés – principalement des agents de sécurité et de nettoyage. A Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, des dizaines d’enseignants de l’UNRWA ont manifesté. «Ce qui est en jeu, c’est l’accès de 525 000 garçons et filles aux 700 écoles de l’UNRWA», a alerté mercredi le chef de l’agence, Pierre Krahenbuhl.

L’UNRWA a lancé une campagne de dons, et cherche activement de nouveaux bailleurs du côté du Golfe et de l’Union européenne. La Belgique a déjà décaissé en urgence sa contribution prévue pour les trois prochaines années, soit 23 millions de dollars.

Selon la revue Foreign Policy, Nikki Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, ainsi que Jared Kushner, qui pilote le plan de paix trumpiste, étaient en faveur d’un arrêt total de la contribution américaine. Ils souhaiteraient le démantèlement de l’UNRWA, à l’instar du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyhaou, pour qui l’agence «perpétue depuis soixante-dix ans la situation des réfugiés palestiniens et le discours en faveur de la disparition du sionisme».

Démarche contre-productive

Les Israéliens contestent que le statut de réfugiés soit transmis de génération en génération aux Palestiniens expropriés en 1948, affirmant ainsi leur «droit au retour», ce qu’aucun gouvernement israélien n’a jamais accepté. «Après avoir "dégagé la question de Jérusalem de la table de négociation", comme Trump l’a tweeté, les Américains veulent faire de même avec le retour des réfugiés palestiniens, avant même le début des négociations», analyse le politologue gazaoui Mkhaimar Abusada.

Pour Ofer Zalzberg, analyste israélien à l’International Crisis Group, la démarche américaine pourrait s’avérer contre-productive pour l’Etat hébreu: «Ça ne fera pas oublier aux Palestiniens 1948 et la genèse des réfugiés, et ça va forcer l’UNRWA à couper dans l’éducation, ce qui va pousser les jeunes dans la rue, ou dans certains cas, vers les écoles informelles du Hamas et du Hezbollah. Ce développement négatif se fera sentir sur les années à venir.» «Dans la bande de Gaza, l’agence est le seul roc solide pour la population; les boulots qu’elle fournit sont un filet de sûreté pour des milliers de familles [l’agence compte 12 500 employés palestiniens dans le territoire sous blocus, ndlr], explique un ancien responsable onusien à Gaza. Même l’establishment sécuritaire israélien le reconnaît, l’UNRWA est un agent stabilisateur dans la région, contrairement à ce que dit la droite israélienne.» 

Guillaume Gendron Correspondant à Tel-Aviv

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